17/08/2008

La bêtise technocratique

Quel chemin parcouru tout au long de notre histoire… Les idées, pas toujours bêtes, ont évolué, progressé. Trop souvent héritières des philosophies et religions anciennes, tout autant que des pratiques individuelles et sociales, les différents essais de conceptualisation du monde et de ses composantes ont tenté bon gré mal gré de convaincre le peuple du bien fondé de leur vision. Les théories émanant de cercles dits «  supérieurs » ont évidemment influencé la pensée mais aussi la vie concrète de nos sociétés.

Les  intellectuels les doctrinaires, les philosophes, les dirigeants politiques, parfois même les littérateurs ont été de leur influence, voire de leur pouvoir pour imposer des « doctrines » ou plus subtilement parfois des climats idéologiques influents.

Heureusement, nous avons la chance de vivre aujourd’hui plus que jamais, du moins dans la plupart de nos pays occidentaux, dans des systèmes pluralistes ou aucune vérité, politique, philosophique ,religieuse, morale, sociale, culturele, économique, n’est proclamée unique. Nous acceptons, en principe, que la vérité ne peut se trouver que dans un affrontement permanent de pluralisme. Voilà qui me parait intelligent.

Mais, attention à cette apparente pluralité, à cette apparente démocratie.

Si les différentes idéologies monolithiques ont bien disparu, une autre, plus discrète sans doute mais très efficace, s’est affirmée : l’idéologie technocratique.

Ce type de pensée voudrait ne laisser qu’aux technocrates la gestion non seulement des entreprises, mais aussi de l’Etat.

Née ou du moins amplifiée par des économies de consommation, l’ère des managers en tout genre, des grands « organisateurs », des grands « experts »  ne cesse de se développer.

Avec ces nouveaux maîtres, plus question de pensée philosophique, seul importe un soi-disant réalisme qui veut que l’économie prime sur tout. Toutes controverses  ne sont que blabla. Seuls les technocrates (qu’ils soient d’ailleurs du côté syndical ou patronal) posséderaient  les pensées qui seraient bien, parce qu’elles sont expertes !

Face à cette montée d’expertise, nos systèmes politiques semblent très marginalisés. Le parlementarisme n’est souvent que la risée ou l’esclave principalement de l’économisme.

Encore heureux que les idées technocratiques  ne sont point uniques, bien que procédant d’une espèce de même idéologie. Les penseurs économiques se divisent et s’opposent, divisions d’ailleurs relayées par différents courants politiques.

Je ne nie certainement pas l’intelligence des managers (trop bien payée d’ailleurs), mais je trouve bête de croire au mieux-être que ceux-ci peuvent apporter aux citoyens vus comme de simples agents de production ou de consommation, pire encore des simples pions dont a que foutre dès qu’ailleurs il y a des pauvres cons qu’on peut mieux exploiter.

Il me semble en tout cas indispensable, de ne point tomber dans un chauvinisme technocratique, au risque de tomber dans un flou semblable à nos politiques absorbées par des courants très accrochés à des lois libérales qui se prétendent sociales.

Sans tomber dans des extrémismes simplificateurs, méfions-nous de la bêtise de la nouvelle idéologie technocratique et n’acceptons pas comme fait accompli un progrès lié exclusivement à des espèces de lois économiques incontournables.

Pour se faire l’Europe des travailleurs a toujours bien trop de retard à celle des technocrates et de politiciens qui leur sont inféodés.