22/09/2009

La bêtise du voile.

soeurbénedictine

Je me souviens de mon enfance, de celle où les signes religieux d’appartenance catholique étaient omniprésents. C’était le temps des soutanes, des religieuses toute voilées ou à cornettes, des processions du saint sacrement dans les villes et village, mais aussi des veuves toutes vêtues de voilettes et de noir. C’était le temps des communions solennelles, des bénitiers y compris dans nos chambres, des crucifix partout, y compris dans les prétoires, celui où on devait jurer de dire la vérité sur la bible. Peu de monde s’offusquait de toutes ces traditions. J’ai connu plus tard, une religieuse, encore voilée, enseignante dans une école pourtant communale. Je me souviens des nostalgiques des prêtres en soutane trouvant indigne leur nouvelle tenue de clergyman avec le fameux col romain.

Je n’avais pas le droit d’être autre chose qu’un bon petit catholique. Avoir des relations sexuelles avant mariage était une honte. Les « filles mère » étaient vues comme des putains et quand mes sœurs sortaient, elles étaient en permanence chaperonnées.

Les temps, heureusement, ont bien changé. Le parti catholique de jadis, très majoritaire, a du céder la place aux revendications socialistes et progressistes.  Nous avons cependant du attendre des décennies pour qu’une alliance laïque (libérale-socialiste) vote les lois  sur l’avortement, la reconnaissance de l’homosexualité,  l’euthanasie, etc.

Nos sociétés ont bien changés. La nôtre est devenue multiculturelle. Le monde est devenu un village. Nos villes abritent des cultures et religions nouvelles, avec dans notre pays une majorité d’immigrés maghrébins. Le choc entre orient et occident refait surface. Nous acceptons moins les différences et il  y a souvent replis identitaire face à des cultures que nous estimons, à tort ou à raison, comme dangereuse. La notre a sacralisé la  liberté individuelle. Les traditions religieuses sont devenues désuètes ou folkloriques, bien qu’elles fassent parfois encore l’apanage de quelques familles aristocratiques. La femme a enfin trouvé des droits et a obtenu une égalité (bien qu’encore relative) avec l’homme.

C’est sans doute dans ce contexte complexe que nous devons réfléchir au port du voile de la femme musulmane et dans un contexte plus large encore des différents signes culturels et religieux de notre société de plus en plus « bigarrée ». Prenons d’abord conscience de ce que notre société n’est plus  et ne sera plus jamais celle d’il y a cinquante ans ! De plus, la nouvelle religion de l’humanisme, des droits de l’homme s’est imposée et avec elle une espèce d’universalité de vue des modèles politiques démocratiques bien qu’encore très imparfaits.

Mon avis est guidé, je l’avoue, par le danger que je vois dans les religions monothéistes qui ont toujours été bien plus intolérantes que les polythéistes. Nous devons également nous méfier de toutes les théocraties, très souvent sources d’un totalitarisme qui limite les droits fondamentaux de la liberté de pensée et d’action. L’islam, tout comme le catholicisme ou la religion juive empêchent une autonomie de l’être humain par l’imposition de vérités dites révélées par un très «  Haut » qui pourtant ne s’est jamais exprimé que par un très bas…

La liberté de pensée et d’action, y compris celle de croire à un dieu ou à la nature ou à toute autre forme d’hétéronomie doit bien évidemment être respectée, mais pour autant que cela fasse partie de la vie privée et non publique et ne fasse pas l’objet d’un prosélytisme destructeur et déstructurant de la liberté de l’être humain.

musulmane
C’est donc dans le contexte de toute cette réflexion et après avoir longtemps hésité, que je me prononce aujourd’hui comme un partisan de l’interdiction du voile dans les écoles publiques, tout comme je me prononce contre toute forme de théocratie dans la vie et les systèmes politiques.

Non à la religion « opium » du peuple ; oui à celui qui veut le consommer individuellement ! Non, au nom de la tolérance d’accepter l’intolérable ! Ce serait une bêtise d’accepter plus longtemps une « gangrènisation » religieuse via des signes qui portent atteinte à une société qui a choisi, après de durs combats, une laïcisation de la vie publique dans son organisation, y compris scolaire. On me rétorquera que l’enseignement catholique demeure bien dans notre pays, qu’il y a risque de voir des écoles islamiques. C’est un risque à prendre, en n’oubliant pas que les écoles catholiques font l’objet d’une forte surveillance dans le contenu de leur programme.

Je reste ouvert au débat. Mais il ne faudrait pas que celui-ci empêche des décisions rapides au vu d’une réalité très concrète qui pose vraiment problème. Mais à ce débat, nous devrons aussi faire suivre celui qui veut que nous balayons devant notre porte  face à des tas de manifestations politiques où les signes religieux sont encore bien présents, du genre Te Deum, etc.