12/12/2008

La bêtise du sacré.

Le dernier procès médiatique en cours concernant cette mère infanticide fait que je m’interroge sur le caractère « sacré » de la mère, car il est sans doute nécessaire d’aller bien au-delà de ce drame jeté en pâture au public, toujours aussi avide de voyeurisme malsain.

L image sacrée de la  «  femme-mère » ou de la « nature » du sentiment maternel prend ici un fameux coup.

Evidemment, ce drame fait heureusement exception et il serait imprudent et injuste de généraliser. Il n’empêche que nous avons tous en nous une part d’inhumanité, sans doute exacerbé par de multiples facteurs. Si l’humanité est déjà complexe à comprendre, l’inhumanité reste plus surprenante encore et difficilement cernable.

Le paroxysme de l’horreur est ici à son comble.

Une leçon qui me semble à retenir de cela est qu’il ne faut jamais enfermer une personne dans un rôle. La meurtrière semble s’être débattue probablement dans des paradoxes qui se jouaient entre la « femme-mère », soumise et  la« femme- séduction », aspirant à plus de liberté et à l’amour d’un homme.

La société, notre culture, mais aussi notre environnement, nous poussent souvent vers des sacralisations qui ne correspondent pas à la réalité de ce que nous vivons.

Entre la sacralisation de la mère et celle plus actuelle encore de l’enfant, nous voilà bien embarrassés à expliquer ce massacre.

Pas simple de sortir de l’obscurantisme dans laquelle cette affaire nous plonge.

Mais pas simple non plus de sortir de l’obscurantisme qui fait fêter, encore de nos jours l'Aïd-el-Adha  en  souvenir du sacrifice d'Abraham. Dieu lui a demandé de sacrifier son fils unique, et il était prêt à le faire, pour montrer sa soumission à Dieu.

Pas question pour moi d’amalgame, mais je ne sais pas pourquoi tout ce sang versé me fait penser à l’histoire de cette femme. Peut-être ou sûrement, vais-je chercher trop loin en mettant en parallélisme ces « sacrifices » de sang ?

Le Coran, la Torah et la Bible qui vénèrent le même récit d’Abraham, mettent en évidence que « sans sang versé, il n’y pas de pardon ».

Qu’avait à se faire pardonner cette mère ?

Elle a sans doute oublié l’important de cette histoire, elle aussi cruelle : la miséricorde. Car Dieu a substitué au coupable le mouton qui subira la punition à la place du « coupable ». Il y a là à redire, mais cela valait mieux qu’un sacrifice humain.

La sacrifice monstrueux des enfants, tués dans ce cas par leur mère, mais aussi celui de tous ceux victimes de la violence, elle aussi bien trop souvent « sacralisée » ou « banalisée » par nos sociétés, doit nous faire réfléchir.

Ne nous contentons pas d’un simple voyeurisme ou de sentiments de révolte et d’indignation.

Posons-nous de vraies questions, en sachant que les réponses seront toujours très fragmentaires. Moi, en tout cas, je n’ai aucune réponse valable à tant d’inhumanité.