13/07/2008

La bêtise du maître.

Estômago: A gastronomic storyHier, en voyant le remarquable film italo-brésilien «  Estômago », je me disais combien, comme le montre si bien ce film, après bien des philosophes, combien il est dangereux de vouloir être maître. Le jeune paumé du film gravira les échelons de l’art culinaire, mettant petit à petit le maître sous sa dépendance. Il fera de même, lorsque en prison, il s’imposera petit à petit comme le maître des lieux, grâce à son travail culinaire.

Ainsi, selon la dialectique de Hegel du Maître et de l’esclave, celui qui est le plus asservi est le maître. Celui-ci devient dépendant du travail de son esclave. L’esclave est l’être qui, transformant la nature, accède immédiatement à l’objet passif et actif qu’il active( la farine devient merveilleuse pâte), tandis que le maître, vivant dans la jouissance immédiate de l’objet consommable ne connaît que son aspect passif ( il mange le plat préparé).

Par son travail, l’esclave peut renverser le rapport de domination.

L’intelligent ne serait donc point le consommateur passif, mais bien celui qui peut transformer par son travail un produit. C’est en travaillant, en étant actif que nous atteignons la vraie liberté. Tel est en tout la thèse de Hegel, qui avec moins de simplicité que dans le magnifique film Estômago, démontre que le travail est la catégorie privilégiée de l’existence, de l’être où se rencontrent à la fois, le rapport à soi par l’identité ( être fier de soi), le rapport à autrui, par la reconnaissance de cette identité ( reconnu par sa compétence) et le rapport au monde du fait que dans ce qu’il crée, dans son œuvre l’identité devient objective et entre dans le monde ( que de grands mets ou autres oeuvres portent le nom de leur créateur).

Cela peut paraître bien théorique, mais colle plus concrètement, je pense à pas mal de situations de vie.

Il suffit de voir combien les «  grands », après avoir franchi toutes les étapes du succès que ce soit en affaire ou en art, dès qu’ils s’arrêtent et vivent dans l’oisiveté s’emmerdent et trouvent leur liberté malheureuse.

Par contre, je nuancerais fortement le raisonnement qui veut que le travail soit seule source de liberté. Sortir du jeu dominant-dominé, patron-employé, peut s’avérer aussi libérateur que de s’enfermer dans cet espèce de jeu de pouvoir où chacun se met en dépendance l’un de l’autre,l’esclave au maître et le maître à l’esclave.

Par contre ce qui me parait plus vrai et plus constant est le champ infernal dans lequel s’enferme celui qui avale en passivité le dit et le faire de ceux qui détiennent le pouvoir, ou simplement qui ne prend pas la liberté de la critique, qui subit la loi du nombre, qui colle aux préjugés dominants. Il est celui qui comme dans le maître passif consomme dans l’immédiat l’objet de la pensée, de la conscience et en devient l’esclave par manque d’esprit critique et d’analyse. C’est dans cette passivité, dans cette acceptation de croire connaître ; c’est dans la simple consommation de produits qu’ils soient d’esprit ou de corps que se joue notre identité et sa reconnaissance par soi et par l’autre.

C’est que la chère bêtise se cache bien souvent là où nous ne l’attendons pas…

La reconnaître, aller la chercher là où nous ne l’attendions pas, voilà qui relève sans doute de l’intelligence ! Mais l’intelligence rend-elle heureux ? Autre question bien entendu….