05/08/2008

La bêtise du dualisme

Avez-vous déjà remarqué notre habitude de parler souvent en deux termes ; d’opposer le blanc au noir, l’hiver à l’été, le corps à l’âme, l’amour à la haine, etc., etc. ? Le dualisme est ominiprésent encore de nos jours.

Et pourtant à bien y regarder, nous voyons bien que la réalité est tout autre. Notre vision sur les humains, sur notre environnement, nous offre un terrain privilégié pour démentir une vue dualiste qui a d’ailleurs engendré les pires choses.

Entre la pensée et la parole, l’émotion et la raison, n’y a-t-il pas l’action ?

Les pensées érudites saucissonnent bien trop la vitalité humaine. Exemple à ne pas suivre !

Je ne nie point l’utilité de distinguer certaines choses, certains concepts, certains comportements pour mieux comprendre, mais à condition de ne point perdre la référence à l’ensemble. Les sciences n’ont-elle pas tort de trop déterminer ce que la vie pratique confond en permanence ?

Nous ne fonctionnions pas en mal ou en bien, en raisonnable ou irraisonnable. Notre corps n’est pas séparé de notre esprit. Notre âme se trouve aussi bien dans nos doigts de pieds ou nos mains que dans un « ailleurs » de nous, comme certains le prétendaient autrefois !

Ame, au sens étymologique du terme, veut d’ailleurs  dire souffle, respiration. Mon âme s’élevait vers le Seigneur quand je chantais, et pour cause puisque le chant réclame souffle. L’âme qui quittait le corps signifiait donc que la personne ne respirait plus…Voilà qui n’a rien de transcendant ! Mais qu’il est beau alors et transcendant de dire à quelqu’un que nous aimons qu’il est notre âme ; qu’il est celui par qui je respire ; celui dont je sens mon souffle s’accélérer dès que je pense à lui…

Point n’est besoin d’être philosophe ou théologien, ou savant pour ressentir combien nos zones intérieurs sont complexes et ne se résument pas dans ce foutu dualisme simplificateur, voire simpliste.  

Nous sommes un emmêlement de pensées, d’émotions, d’actions dans la matière de notre être. Nous décoder en nous dessoudant, en tentant de séparer des éléments de l’œuvre entière que chacun est, relève de la trahison.

Nous sommes des grouillements, plus ou moins harmonieux, de notes multiples.

Les instruments, outils que nous offrent les sciences de la psy, de la neurologie, des progrès de la connaissance me subjuguent, mais jamais au point de croire découvrir dans cette dissection l’ampleur du champ humain dans son actualité ou dans son histoire.

Voilà pourquoi, je veux être simple promeneur, voyeur, pour approcher certains secrets qui toujours pourtant le resteront. Je me refuse à suivre les grands-routes, préférant repérer les branchages qui cachent des trésors autres que l’asphalte!

Au dualisme du bien et du mal,de la nuit et de la lumière, je préfère la clairière des moments heureux où je respire l’autre et lui offre mon souffle.

Au tourisme des palmiers ensoleillés et piscines chaudes, je préfère la découverte des promenades intimes le long des sentiers de crépuscule où se mêlent ombres et lumières.

La bêtise est souvent d’opposer l’ici et l’ailleurs et surtout de croire que l’ailleurs est meilleur.

Sans nier l’importance de la projection qui fait aussi partie de nous, je préfère projeter mon bonheur dans la quotidienneté de mon action, de ma pensée, de mon expression.

En ce temps de vacances, je comprends la nécessité qu’ont  beaucoup d’aller s étendre au soleil et de faire bronzette. Mais au retour, le brun de la peau ne pourra en tout cas pas dissimuler des intériorités moins ensoleillées.

Qu’importe si nous acceptons cependant que la vie est tissée de mille couleurs.