27/07/2009

La bêtise des adultes.

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Je dialogue souvent avec des jeunes. Je suis toujours surpris, sans vouloir généraliser, de leur mal être profond. Ils ont déjà l’air blasé de la vie, déçu de leurs amours, de leurs copains ou copines. Déçus souvent d’un idéal mal défini, mal exprimé, ils peinent à trouver de l’écoute, de l’affection, de la compréhension. Trop d’adultes n’ont peut-être plus le temps de les écouter, de soutenir leurs rêves tout en les raccrochant à la réalité. Trop d’adultes, mais encore une fois sans généraliser, courent-ils aussi trop vers la satisfaction immédiate et se retrouvent ainsi identiques à eux. Je perçois pourtant leur soif de connaître mais hélas avec une ascèse absente et le désir d’arriver tout de suite à faire ce qu’ils aiment sans passer par ce qu’ils n’aiment pas. Il y a aussi toute cette attirance pour la vie facile et de l’argent vite gagné.

Tout cela n’est évidemment pas nouveau. Leur romantisme, par ailleurs, ressemble à celui de notre époque. Ils ont aussi le désir d’un monde meilleur et idéal et voient le nôtre corrompu. La différence vient probablement d’une parte de repères. Nous avions celles inculquées par la religion ou la morale laïque. J’aime le conseil du Dalai Lama : «  Apprenez les règles pour savoir les transgressez correctement ». En effet, il faut les connaître et là n’y a-t-il pas une démission des parents dans cet apprentissage ? Pire, j’ai comme une impression que les adultes n’ont plus de savoir, se sentent dépassés par les développements scientifiques, par toute la technologie nouvelle. Et pourtant, ils ont bien des expériences à transmettre, mais surtout ils ont une chance extraordinaire pour s’ouvrir au monde de leurs enfants et petits enfants, sans pour autant renier leurs valeurs et leurs savoirs du passé. C’est de ce partage qu’ont besoin les jeunes ; de cette interaction ; de ce mélange et parfums de la cuisine ancienne avec celle des fast-foods ! Les jeunes ont besoin de sentir reconnus dans leur époque mais aussi dans les racines de leurs origines. Comment trouver leur identité sans repères fondamentaux ? Je comprends mieux alors le repli identitaire, par exemple, de jeunes maghrébins qui s’accrochent à l’islamisme avec une forme de fanatisme pourtant malsain à leur autonomie d’hommes et de femmes libres.

La bêtise des adultes n’est-elle pas simplement de ne plus oser affirmer des savoirs et des valeurs et surtout de ne plus vouloir les transmettre ? N’est-elle pas de ne plus vouloir encore et encore apprendre avec les jeunes ce qui crée l’espoir, le renouveau, l’enthousiasme ? N’est-ce pas de capituler sur la longévité et l’ascèse que réclame toute connaissance sérieuse ? N’est-ce pas la peur de transmettre un sens critique, un sens qui va au-delà des apparences qu’offre un monde de l’image, de la rapidité, de la superficialité ? N’est-ce pas tout simplement leur manie de transmettre, en espérant pour leurs jeunes autre chose que la platitude de leur quotidien pantouflard qui n’offre aux jeunes qu’un modèle à bannir sans alternative visible d’intérêts, de passions, d’emballement pour un monde dont la connaissance ne cesse d’accroître et où les secrets des hommes, de la nature valent bien mieux que les «  secret story » ! Osez leur montrer que la libéralisation sexuelle est une merveille pour autant qu’elle ne soit pas source de narcissisme et d’égoïsme ; que l’amour vaut le coup mais rime aussi avec souffrance ; que la solitude n’a rien de dramatique pourvu qu’elle soit bien partagée et agrandisse l’écoute et la solidarité ; que la convivialité rend les choses ordinaires extraordinaires ; que la lecture peut faire voyager ; que le plaisir d’apprendre est celui qui ne cesse jamais, etc.

La bêtise de l’adulte n’est pas simplement la transmission de la platitude de vie que beaucoup vivent en rêvant d’un ailleurs dans lequel ils ont peur de s’engager ?