19/09/2008

La bêtise de ne pas aimer

Si je ne crois pas à l’amour, entendez Amour Idéal et Absolu, il est intelligent de croire à ce qui dans la vie reste premier : aimer.

Mais qu’est –ce que aimer ?

Ce mot tant usité signifie mille et une choses. On aime son briquet, on aime sa voiture, on aime le sport, le cinéma, etc. Mais on peut aussi aimer Dieu, le pouvoir.

Un seul mot pour évoquer ce mystère qui me fait aimer une femme aussi, un ami, mes enfants, voilà qui est bien pauvre dans notre langage.

Alors savons-nous vraiment de quoi nous parlons quand nous parlons de l’amour, d’aimer ?

Ne nous racontont-on nous pas des histoires d’amour qui ne seraient qu’un enjolivement du mot et qui cacherait notre attitude si souvent narcissique qui veut que nous nous aimions à travers la personne dite aimée ?

Ah les mots ! Nous en avons pourtant pas mal à notre disposition pour tenter de dire cet élan de vie qu’est aimer : passion, affection, tendresse, penchant, attachement, etc. Mais tous ces mots ne suffisent pourtant pas à cerner le seul qui compte vraiment : amour !

On a beau dire que le latin et le grec ne servent pas à grand-chose dans la vie actuelle, moi je reste persuadé du contraire.

Ainsi les grecs, plus synthétiques certainement que nous, se servaient de trois mots pour désigner l’amour. Trois mots éclairants : éros, philia, agapè.

Eros : c’est le manque, la passion amoureuse. Il n’y a pas d’amour heureux, chantait Brassens. J’entends là éros. C’est l’amour qui prend et veut conserver. C’est le « je te veux ». C’est l’objet et non vraiment le sujet du plaisir.  C’est ce que nous aimons par manque.

Philia : c’est ce que nous aimons sans que cela nous manque. C’est se réjouir et jouir !  Et pour contrer Brassens, là nous pourrions dire : « il n’y a  pas d’amour malheureux ».

C’est aimer l’autre pour son bien à lui et se réjouir de son bonheur.

Agapè : là on peut traduire plus par charité. C’est l’amour du prochain. C’est l’amour pour celui qui ne nous manque ni ne nous fait du bien. C’est l’amour en pure perte. C’est une espèce d’amitié universelle. Ne pas confondre avec faire l’aumône !

Voilà très brièvement et incomplètement décrits les trois mots que des philosophes plus chevronnés que moi cernent avec plus de finesse encore.

« Eros,philia, agapè : l’amour qui manque ou prend ; l’amour qui se réjouit et partage ; l’amour qui accueille et partage » écrit Comte-Sponville, un philosophe actuel que j’aime beaucoup.

Ne nous méprenons pas. Il ne s’agit point de faire un choix ; de trouver un meilleur que l’autre. Ils sont tous trois dans la vie de chacun. L’un n’a pas plus mérite que l’autre. Et vouloir les dissocier est vraiment casse-gueule !

La bêtise serait justement d’en dresser une échelle de valeurs, ce que fait trop souvent la morale qui amène le jugement.

Je ne crois pas plus au bonheur qu’en l’amour, mais je crois à la combinaison possible du «  je te veux, tu me manques, tu es source de mon bonheur, tu me réjouis et je t’aime comme tu es ». Cette combinaison, cette interaction peut me faire vivre dans la joie, peut atténuer ma souffrance mais ne peut éviter les troubles inévitables qui feront toujours qu’aimer reste un champ de roses et d’épines. Qu’importe alors si nous n’en retenons que le parfum !