11/02/2009

La bêtise de notre vérité

En entendant quelques critiques sur le film de Danièle Thompson «Le code a changé », je me disais que notre vérité est évidemment très complexe. Etre franc, vrai, face aux autres et à nous-mêmes n’est pas aussi évident qu’en apparence.

La bêtise serait de croire que nous pourrions vivre sans masque. Le masque, comme en cette période de carnaval, fait bien partie de nous. Il est illusoire de croire, selon moi, que nous pourrions vivre socialement mais aussi personnellement sans lui. Certes, il y a des personnes qui le portent plus souvent que d’autres. Je crois que je me suis mieux habitué à vivre sans aujourd’hui qu’hier. Mais ne trichons pas. Sans tomber dans l’apparence permanence, sommes-nous certains d’être bien nous-mêmes dans nos rires, dans ce que nous racontons, dans le partage de nos souvenirs et projets ? Nos éclats de rire sont-ils toujours de la vraie joie ou une espèce de masque qui parfois cachent notre angoisse ou nos souffrances ?

Nous disons nous foutre du regard et du jugement des autres, mais alors pourquoi se fait-on beau ou essayons-nous de nous présenter comme joyeux ?

Les apparences, les codes de vie n’ont au fil du temps que changer, mais restent bien des codes parce que la vie ne peut s’en passer.

A bien y réfléchir, quand sommes-nous vraiment nous-mêmes ? Est-ce le soir quand nous nous retrouvons seuls ou quand par cordialité nous rigolons malgré nos emmerdes ? Est-ce quand nous nous forçons à être de bonne humeur alors que nous aurions envie de nous retirer sous notre carapace ? Mentons-nous quand nous déclarons que tout va bien, alors que nous avons des soucis évidents ?

Comprendre l’autre, agir avec empathie n’est-ce pas d’ailleurs décrypter son apparence et bien connaître et accepter ses codes ?

La vie ne serait-elle pas un éternel carnaval, avec finalement, peu de moments pour laisser tomber le masque ?

Avouons bien simplement que nous sommes des êtres à multiples facettes. Le puzzle de notre intériorité ne s’emboîte pas si facilement que nous ne l’imaginons ou le souhaiterions.

Le respect de l’autre, mais aussi de nous, passe probablement par cette acceptation. Nier nos incohérences c’est refuser bêtement les clés qui ouvrent notre pleine humanité.

 

21/10/2008

La bêtise de la vie

Si il n’y a pas un « après », disait la grande dame qui vient de décéder, alors la vie n’a pas de sens. J’admire et respecte cette sœur Emmanuelle, bien que je ne sois plus croyant. Je l’admire d’autant plus qu’elle n’a jamais chercher à convertir mais plus compliqué et difficile à donner de l’amour encore et encore.

La vie peut-elle signifier quelque chose sans Dieu ? L’argument si souvent avancé qu’il n’y aurait pas d’horloge sans Horloger semble ne pas tenir compte que l’horloge qui connaît tremblements de terre, maladies, ouragans, sécheresses est bien caduque ! Faut-il que l’horloger ait réglé le mouvement entre mangeurs et mangés pour que la biosphère animale trouve équilibre ? L’histoire humaine n’est d’ailleurs pas beaucoup plus édifiante que l’histoire naturelle.

Aucune théorie n’a évidemment pu prouver l’existence de Dieu. Mais cela n’est pas non plus une preuve de son inexistence. La raison doit simplement s’avouer incompétente en ce domaine, comme d’ailleurs dans d’autres.

L’expérience certaine qu’a pu faire Sœur Emmanuelle de son Dieu n’apporte aucune preuve de plus. Comment savoir si celui qui voit ou entend Dieu  le voit, l’entend vraiment ou hallucine ? Comment savoir si ce qu’il ressent, perçoit, relève d’une réelle présence ou d’un fantasme ?

A la limite, pour moi cela n’a aucune importance.

L’important est ce que j’ai vu dans cette grande dame. Je n’y ai pas vu Dieu comme une réalité mais bien comme une valeur indéniable d’amour vraie. Sa croyance a fait sens à sa vie.

Je me sens athée, mais l’athéisme est aussi une croyance. Je ne crois pas en Dieu et mon "incroyance" est aussi irrationnelle que la foi en lui. C’est une question de choix.

Ce qui est fou est de s’entretuer sur ce qui reste de part et d’autre une incertitude.

La vie a-t-elle besoin de sens ? Je ne le pense pas, mais elle a sans doute besoin de valeurs.

Celles défendues par cette «  sainte » moderne me conviennent et sa popularité provient sans doute du fait que nous avons au profond de nous une envie d’une civilisation plus juste, plus équitable, plus solidaire.

Cette sœur a été fidèle à son Dieu, tout comme certainement un athée peut être fidèle à l’homme et à l’humanité de l’homme. Voilà qui doit être source de tolérance.

Ce qui est certain est que nous rejoindrons tous un jour l’éternité ; éternité dans son sens réelle, c’est-à-dire absence de temps. Le croyant croit que ce non temps est vie, l’athée croit probablement que sans temps rien n’existe.

Bêtise ou non la vie ? Il nous faut en tout cas la vivre ; la vivre dans le temps, dans le présent.
Cependant, mettons parfois sourdine au «  Carpe Diem ». Vivre le présent ne signifie pas vivre l’instant. L’instant oublie que les jours passent. Il faut alors y cueillir ce qui continue.

C’est sans aucun doute ce que Sœur Emmanuelle a pu faire et communiquer avec son talent charismatique.  Elle a vécu dans le présent, en vérité. Voilà pour moi sa véritable éternité, et tant mieux si son présent si bien vécu trouve Royaume et autre éternité dans l’après…