10/06/2009

La bêtise de l'enseignement.

 

école
Je suis toujours un peu effrayé par ce que j’entends dire sur l’enseignement. Si nous voulons qu’il soit adapté aux besoins du monde d’aujourd’hui et spécialement de ses nouvelles technologies, nous oublions trop souvent l’apprentissage d’une base générale indispensable pour jongler tant des mains que du cerveau. Combien de fois n’entendons-nous pas dire que des matières sont inutiles parce ce qu’elles ne seront pas en liaison directe avec le métier ou la profession exercée. Quelle erreur ! Comment sans une base indispensable d’une bonne connaissance de notre langue, par exemple, arriver à maîtriser un raisonnement, une étude, un mode d’emploi ? Comment sans une base mathématique arriver à exploiter les branches scientifiques ? Comment, y compris dans les métiers manuels, arriver à une bonne compréhension des tâches à accomplir ?

Notre monde vit en permanence dans l’immédiat. Nos jeunes, mais ils ne sont pas les seuls, ont pris une habitude de vivre dans le présent, sans plus prendre la peine de s’arrêter, de prendre un peu de recul. L’ego est devenu une sorte de simple sujet de consommation sans plus aucune interrogation. Le questionnement, la réflexion sont bien trop absents, et , lorsqu’ils existent, ils ont peine à trouver des références constatables ou pas. Le « par rapport à soi » a largement dépassé le « par rapport à l’autre ». La preuve s’en trouve souvent dans le désintérêt de la politique.

L’école doit pourtant être une école de vie autant qu’une école du savoir. Il n’y aura pas de vraie réforme de l’enseignement sans cette dimension humaine. Cette école de vie doit passer par l’indispensable mixité sociale, si nous ne voulons pas poursuivre le type d’enseignement élitiste que nous connaissons toujours. Certes, le dernier décret a posé problème, mais l’objectif est à conserver. Si il a été tellement critiqué par les libéraux, c’est probablement parce que libre choix réclamé par eux, poursuit la voie d’un dualisme tellement injuste entre bonnes et mauvaises écoles. Entendez que les bonnes sont évidemment celles où les fils de nantis se retrouvent sous la houlette des bons professeurs héritiers souvent d’une tradition catholique bourgeoise. Il nous faut, et là je rejoins Ecolo, de bonnes écoles partout et pour se faire mieux financer et donner plus de moyens humains à celles qui accueillent des publics moins favorisés.

La priorité accordée à l’enseignement par la population est bien le signe d’un malaise profond de société.  Mais la mise en question de l’école doit aussi se faire dans la mise en question d’une politique familiale. Tout est dans tout. Laisser la misère s’installer par une crise économique ne peut faire qu’accroître la violence, y compris au sein de l’école. Autoriser et favoriser une politique économique basée sur la consommation et la valorisation d’une reconnaissance par ce que on possède et non parce que l’on est ne peut mener les jeunes à des valeurs indispensables de solidarité. Le goût d’apprendre doit s’éveiller sur d’autres bases que celles de s’enrichir et d’être par le gain reconnu.

La bêtise serait de vouloir une éthique politique en négligeant celle que l’enseignement doit se fixer. L’enseignement a jadis aidé à donner du sens à la vie, facilité sans doute par des références religieuses ou humanistes laïques. Attention à ce que celui d’aujourd’hui ne tombe dans la platitude de réduire tout à un matérialisme qui veut mettre en adéquation parfaite consommation et qualification.

Donner du sens à sa vie n’est pas se référer à la réussite matérielle, c’est oser dépasser son ego pour devenir un sujet capable de se définir par lui-même sans se soumettre aux modes et dictats, y compris de pensée. C’est oser dépasser son égoïsme et égocentrisme pour s’ouvrir à l’autre et trouver joie dans la recherche des savoirs et de leurs partages. L’école n’a pas comme fonction exclusive de former de la main d’œuvre qualifiée ou de l’intellectualité rentable à la machine économique, elle doit encore et toujours former des hommes et des femmes capables non seulement de bien se vendre, mais surtout de réfléchir et d’opérer des choix de valeurs et de manière de vivre.