06/10/2008

La bêtise de l'arrivisme.

Très souvent nous entendons dire que celui-là ou celle là est bien « placé » ; plus populairement «  qu’il est haut » !

Mais qu’est-ce qui fait vraiment le statut social auquel tant de personnes aspirent ?

La réponse est évidemment bien difficile.

Le statut en question  dépend souvent de l’attente que chacun s’en fait, mais surtout d’une idée de type culturel qui veut que certaines professions soient considérées comme supérieures aux autres. Pour d’autres, la richesse matérielle passera en premier. Les gens dits «  biens », étant souvent confondus avec les gens de biens…

Selon moi, la course pour gravir l’échelle sociale se trompe fréquemment de parcours. Les sauts à franchir ne relève pas de l’argent, du pouvoir, des relations, de la profession, des titres, comme peuvent le penser certains.

La recherche à tout prix du statut social dit élevé ne mène en fait qu’à faire sourire ceux qui par leur travail, leur talent, leur culture sont arrivés à occuper des postes à responsabilités ou mieux encore parviennent à un équilibre personnel et social épanoui et enrichissant.

Oh, la bêtise serait de trop idéaliser. Idéaliser ce monde, mais aussi idéaliser un mécanisme d’ascension qui comporte bien des stratégies qui n’ont rien de vertueuses ou de philanthropiques.

Plus grosse encore la bêtise de vouloir arriver pour arriver, de tenter de se faire reconnaître sur des bases de valeurs très contestables. Gravir les échelons demande certainement un subtil équilibre entre aspirations et épanouissement personnel et besoin de répondre avec compétence à ce que l’entreprise ou les autres attendent de vous.

Si l’aisance matérielle, l’exercice de certains métiers, la transmission du patrimoine, un bon réseau de relations demeurent un fameux tremplin aidant à faire partie de ce que nous nommons « l’élite », ces facteurs ne sont certainement pas exclusifs.

Croire que le seul travail suffit à l’ascension sociale serait aussi mentir.

L'ambitieux ou l'arriviste, autrement dit un homme qui n'a rien ou presque mais qui aimerait sortir de sa condition doit jouer avec un ensemble de facteurs que nul ne peut vraiment définir.

Bien des figures littéraires proposent le parcours d'individus qui réussissent à s'élever dans la société en mobilisant une intelligence tactique. Intelligence qui fait souvent de l’esclave un futur maître. Celui qui est en haut de l’échelle ne peut qu’en redescendre, tandis que celui qui est en dessous ne peut faire que gravir !

La bêtise réside en tout cas dans le vouloir s’élever pour atteindre le bonheur, le pouvoir, la reconnaissance ou même la richesse.

« Ma richesse est toute intérieure », disait Raymond Devos dans un sketch célèbre. Pas si faux ! Voilà bien la qualité essentielle de toute ascension sociale. Encore faut-il que cette qualité soit reconnue. Encore faut-il qu’elle trouve bon relais pour être reconnue.

Ne nions pas les difficultés que connaissent les jeunes de milieux modestes, y compris bien diplômés, pour trouver un bon emploi face à ceux qui disposent de « réseaux » dont le lien existe via l’entourage familial. Mais ce lien n’est pas non plus indispensable et nous connaissons tous, même si cela reste minoritaire, avocats, directeurs financiers, médecins, ingénieurs,etc. , tous issus de milieux populaires.

Pour conclure ma petite élucubration, dictée par un étudiant étranger en médecine, issu de milieu modeste, me demandant comment réussir à avoir un tissu relationnel susceptible de l’aider dans son désir d’ascension sociale, je dirais qu’il ne faut surtout pas rechercher artificiellement un réseau relationnel élitiste. Il vaut mieux rester soi-même, bien réussir ses études, chercher à se cultiver et simplement fréquenter des lieux d’échanges où on ne parle pas que de faits divers ou de ses petits problèmes. De se forger un sens critique solide, de ne pas complexer sur ses origines, de veiller à un épanouissement personnel. D’avoir de l’ambition sans être ambitieux. De vouloir arriver sans être arriviste. De pouvoir concilier intérêt personnel et altruiste. De rester simple, modeste sans pour autant vivre dans l’effacement ou l’inhibition.

Voilà quelques outils bien incomplets pour éviter la bêtise de l’arrivisme et entrer dans l’intelligence de soi et des autres qui assure une reconnaissance pour ce que nous sommes et pas pour ce que nous voudrions être ou pire sur ce que nous voudrions paraître.