24/04/2009

L’indispensable hypocrisie.

Premier coup de gueuleUne fois de plus, en cette période électorale, je redécouvre l’hypocrisie humaine. Celle des hommes politiques est aussi idiote et indispensable que la nôtre.

A qui tente d’avoir une pensée autonome, consciente de tout ce qui a pu la tisser, l’éduquer, la conditionner, il apparaîtra que les valeurs de société, devenues souvent nôtres, ne sont que l’adhésion à un ensemble de conventions consistant surtout à déguiser nos intérêts et sentiments.

Comment construire une vie sociale sans cette hypocrisie qui lui est inhérente ? Elle lui est indispensable. Nous reprochons à la société, aux civilisations une forme de confort, de conformisme ou de révolution dans laquelle nous nous sommes moulés avec nos paradoxes d’être à la fois dedans et dehors.

Le ferment des rapports entre les êtres humains ne peut naître que dans l’illusion de vérités qui n’en sont sans doute point. Pour la grande majorité d’entre-nous, celles qui ne relèvent pas de nos conventions sont d’ailleurs dérangeantes et difficilement entendues.

Derrière toute idéologie, religieuse ou non, politique ou non, orientale ou occidentale se cachent des intérêts bien moins louables qu’en apparence.  Mieux vaut en être conscient et ne pas tomber dans la naïveté de croire au caractère non pervers fondant, selon moi, les rapports entre humains.

Nous sommes tous des hypocrites. Nous cherchons tous des raisons à nos actions. Combien de fois notre dite bonne éducation ne nous oblige t’elle pas à feindre une joie ou une peine que nous n’éprouvons pas vraiment ? Nous serions souvent bien embêtés que l’autre découvre ce que nous nommons nos arrière-pensées !

Nos hypocrisies personnelles sont pourtant peu de chose à côté de celles des grands courants idéologiques ou religieux. Les controverses de croyances, de politiques ne sont-elles pas simplement des luttes de pouvoirs entre ceux qui espèrent en tirer le meilleur profit ?

L’égalité, la liberté et la fraternité sont le plus gros canular annoncé aux enfants de dieu ou du peuple.

Vous me rétorquerez, peut-être, que je ne crois plus en rien ; que constater l’hypocrisie généralisée doit me mener tout droit au cynisme qui fait fi de toutes les conventions sociales et morales ?

Il y de cela, je l’avoue. Pourtant, il me semble être encore un être « aimant », non que je sache ce qu’est aimer, mais simplement par le fait que j’accepte ma propre hypocrisie comme j’accepte celle de l’autre.

La bêtise résiderait dans le refus de voir la distorsion éternelle entre l’apparence et la réalité.

Ma bonne conscience réside, non dans les bons sentiments que je peux parfois avoir, mais dans la découverte de la coexistence, pas toujours pacifique, de la jalousie et de la bonté, de l’égoïsme et de la solidarité, de la vengeance et du pardon. C’est cette reconnaissance qui engendre, non l’indulgence, mais la tolérance de soi et des autres.

Le décorum moral, religieux, politique ou humaniste, ne parviendra jamais à dissimuler l’irréversible égoïsme de l’homme.

17/09/2008

La bêtise de penser comme tout le monde.

Si les autres sont évidemment très utiles pour éclairer notre pensée, nos valeurs et le sens que nous voulons ou non apporter à notre vie, il nous revient en fin de compte à penser par nous-mêmes.

Cette recherche et démarche personnelles sont certainement l’aventure la plus passionnante qui soit. Mais faut-il pour cela que nous soyons motivés pour penser mieux, plus profond, plus fort aussi. La routine de la vie, les obligations familiales, professionnelles, sont souvent un frein non négligeable à cette dynamique de réflexion.

Il ne s’agit pourtant pas d’étudier ou encore de se prendre la tête. Il s’agit simplement de tenter d’aller au-delà des apparences, de décoder un peu ce qui nous parait comme évident ou comme idée crue nôtre alors que venue d’ailleurs !

Bien des choses, des situations et plus encore les autres et nous-mêmes demandent des interrogations avant de donner directement réponses.

La bêtise vient souvent de ce que nous ne voulons pas nous poser les bonnes questions ; que nous nous désintéressons de ce qui se passe dans notre complexité d’être et dans celle qui nous entoure.

Combien de fois n’ai-je pas entendu, par exemple sur ce blog et ailleurs : « moi la politique je n’en ai rien à foutre » !

Mais comment régler les conflits d’intérêts autrement que par la politique ? Voulons-nous les régler par la guerre ?

L’histoire qui se fait ou se défait, n’est-ce donc pas la nôtre aussi ? 

Qu’on le veuille ou pas, nous vivons en solidarité. Il est impossible de vivre chacun dans son petit coin, en ignorant ce qui se passe près de chez moi et dans le monde.

La politique, comme la morale d’ailleurs n’a pas de frontière. Elles ne sont pas une affaire qui n’affecte que des groupes, des citoyens. Elles touchent chaque individu.

Si nous avons un minimum le sens de notre utilité dans une société, il est de notre devoir de sortir du silence de nos pantoufles pour éviter que le bruit des bottes frappent nos rues et cités !

Il est utile que nous nous informions un minimum, que nous exprimions notre opinion autour de nous, sans pour autant monter aux tribunes.

C'est à chacun de nous qu'il convient de forger notre opinion, à nous d’adhérer ou non à telle idéologie, à telle philosophie, à telle politique. Mieux encore d'oser nous en créer une.

Les «  y a qu’a » sont faciles. Il y a surtout à bien comprendre que la critique est évidemment plus facile que l’art de la pratique. Une critique judicieuse est cependant utile à l’art.

Tout cela peut vous paraître bien abstrait. Pourtant, je suis convaincu que mes diverses élucubrations touchent la réalité autant que les petites anecdotes que nous avons trop souvent tendance à considérer comme vitales à nos vies.

04/07/2008

Croire se connaître

Combien de fois, n’ai- je pas entendu et entends encore et toujours : «  oui, mais je me connais. ». Bêtise de plus sans doute car qui peut se targuer de vraiment bien se connaître.

En tout cas pas moi ! Et ce n’est pas par faute de vouloir le faire et d’en prendre quelques moyens.

Qu’est ce d’ailleurs que le «  connais toi toi-même » ?

L’introspection psychologique de nos jours est bien loin du cher Socrate, qui loin d’être idiot, se posait déjà cette question existentielle. Loin de l’apport des sciences « psy », le médusé penseur, iconoclaste de son temps, voyait cette connaissance comme la simple sagesse de la finitude ; comme une façon de vivre qui admet les limites.

Voilà qui est bien contraire à notre époque qui veut en permanence les dépasser, qui recherche l’infinitude de la vie en la prolongeant parfois par de vains acharnements thérapeutiques et tente par artifice d’oblitérer la vieillesse, etc.

Je crains toujours un peu notre illusion de nous connaître, un peu comme si nous étions des machines, des « bio-ordinateurs ». Notre époque a la fâcheuse tendance de vouloir nous façonner un peu comme des robots.

Je ne nie pas l’apport merveilleux que toute la psychologie, la psychiatrie et en général toutes les sciences dites humaines. Elles  peuvent aider à mieux connaître notre mode fonctionnement, mais ne nous leurrons pas : ce que nous sommes restera toujours comme quelque chose d’insoluble.

Ne confondons pas non plus ce que nous voudrions être et ce que nous sommes.

Plus nous nous cherchons, plus nous découvrons nos zones d’ombre.

Ainsi en va-t-il de tout savoir, puisque plus nous pensons savoir, plus nous voyons ce que nous ne savons pas. La simplicité des grands tient sans doute à cela.

Le philosophe est évidemment moins attaché au savoir qu’au savoir vivre.

Si la connaissance de soi est importante (il suffit pour s’en rendre compte d’entendre  l’éternelle injonction du «  mais, sois toi-même !), je suis de ceux qui croient que toute recherche, toute connaissance ne vaut jamais un « je t’aime » ; que dans la vie, si nous acceptons et prenons le temps du recul nécessaire face à nos limites, à nos contradictions, à nos passions et envies, nous parviendrons à une harmonie heureuse.

La bêtise n’est donc point de ne pas savoir, mais de ne pas savoir vivre. Que de gens dits instruits, intelligents, possédant grande culture sont des êtres de souffrance.

La connaissance, le savoir, sans la sagesse de vie est stérile et inutile. Elle est aussi inutile que la croyance au pouvoir, à l’argent.

Point n’est besoin d’être savant pour comprendre que dans notre monde brute il manque de la tendresse. Point n’est besoin d’être médecin, avocat, ingénieur ou même philosophe pour comprendre qu’une personne ne peut être jugée ou appréciée en « qualités-défauts » mais simplement en tant qu’être humain qui chemine tant bien que mal, avec les béquilles qu’il trouve, pour tenir debout.

Est intelligent celui qui accepte mal se connaître, mal connaître l’autre et découvre chaque jour une infime partie de ce qu’il est, de ce que l’autre est.