11/05/2009

La bêtise des mots

Afficher l'image en taille réelleComment sortir de la confusion entre mot, langage et pensée ? Sans vouloir trop entrer dans un exposé philosophique ou linguistique, je voudrais, autant que cela soit possible, éclairer un peu notre quotidien de relations. Combien de fois, ne nous sentons pas trahis dans notre pensée par l’interprétation différente qu’a notre auditeur à l’écoute de nos mots qui pourtant nous paraissent simples et compris généralement dans ce que nous nommons le sens commun. Combien de fois ne disons-nous pas : «  oui… mais tu m’as mal compris » ? Entendons : «  tu n’as pas compris ce que je pensais ».

Disons d’abord que la relation entre le vécu et le langage est plus importante qu’en apparence. Ainsi, pour faire simple, le mot cendrier sera perçu différemment par un fumeur que par un non fumeur. Tout mot est au fond chargé de subjectivisme, c'est-à-dire chargé d’une expérience personnelle. Or si le langage est essentiellement « subjectif » et est un moyen de forger notre pensée, il est aussi un moyen de communication. Il est donc à ce moment plus extérieur à soi que ne l’est le vécu.

Voilà qui complique bien les affaires ! Pensée, idée, vécu, expérience, mots, langage sont des réalités ou des concepts qui s’entremêlent sans pouvoir vraiment bien les distinguer, même par une analyse très spécialisée. Tout cela est en interaction permanente. Les distinguer relève d’un défi aporique (insoluble), mais peut aider à une meilleure compréhension.

Bien souvent, parce incompris dans notre relation avec l’autre par le média des mots, nous nous réfugions dans nos pensées, avec un sentiment alors de se comprendre. Mais notre intimité de pensée, celle qui semble nous appartenir, est-elle aussi consciente, intelligente d’elle-même ? En d’autres mots, peut-on avoir une pensée claire si il n’y pas d’expression ?

A l’inverse ramener toute la pensée au langage est-il correct et juste ? La pensée ne serait-elle que langage ? Les deux thèses se sont souvent affrontées.

La pensée a aussi été analysée comme une construction mentale faites de perceptions (perception de la pluie, du soleil, d’une feuille ou que sais-je encore) ou  d’un souvenir, d’une image, d’un sentiment. Mais tout cela serait alors perçu comme des concepts, des idées sur lesquels porte la réflexion.

Tout cela a-t-il une importance ? Je le crois. Au fond, je n’arrête pas de penser toute la journée et les moments où je parle sont très nombreux. Il y donc, en termes simples, comme un flux permanent entre conscience, inconscience active ou passive, langage exprimé ou pensé, expérience, sentiments, etc. Bref un méli-mélo que seul parfois le langage peut éclairer, pour autant que nous soyons conscient qu’il n’arrivera jamais à une objectivité et donc à une communicabilité idéale de compréhension tant de la part de l’auditeur que de l’émetteur.

Soyons plus concret ! Difficile de définir le sentiment direct que nous avons envers telle ou telle personne. Nous éprouvons tous des tas de troubles qui surgissent et qui n’ont pas été provoqués par du langage.

Nous connaissons tous combien notre langage est parfois maladroit, parce que nous ne trouvons pas des mots justes. Mais qu’est-ce que un mot juste ? Serait-il celui qui met mon interlocuteur sur la même longueur d’onde que celle de ma pensée ? Serait-il celui qui réussit une espèce de communion, une certaine fusion ?  Celui dont j’aurais l’impression qu’il ne déforme pas ma pensée ?

Restons modestes. Nous avons brièvement vu que cela est  bien complexe, y compris dans notre intimité de pensée. Cela nous incite à nous méfier de nos réactions et réflexions immédiates. Ne jugeons pas trop vite et mieux encore ne jugeons pas de la forme de communication qui nous parvient pour englober notre personne dans une espèce de ressenti narcissique. Idem pour le ressenti envers notre interlocuteur.  Nous voulons souvent mettre de la logique là où elle n’est pas évidente, voire même impossible.

Nous vivons probablement dans une société qui met trop l’accent sur le vécu. Le vécu est toujours une forme d’immédiat. Le langage lui est une forme qui engendre directement une espèce de distance. Est-ce cette espèce de distance, de divorce ou encore ce télescopage qui fait que l’expression peut réussir ou échouer ? Y aurait toujours une déformation de la pensée par le langage ?

Personnellement, je m’aperçois combien j’ai une difficulté de me faire comprendre dès que je donne une certaine distance à mon langage, alors que mon interlocuteur attend le plus souvent une réponse plus particulière.  La personne  attend donc de moi, me semble t’il, une réponse qui va dans le singulier, dans le subjectif, alors que j’ai la manie, bonne ou mauvaise, d’aller vers le général qui est perçu chez moi comme plus objectif et chez l’autre comme pas assez singulier ! On me trouve alors sans grand sentiment parce que l’objectivité serait dans un autre monde tandis que le sentiment serait dans l’immédiat comme seule réalité valable et de « cœur ». Je me sens alors mal compris !! Retour case départ…. LOL.

Mais pas de souci, je me sens bien dans mon intimité avec toutes mes interrogations et mon incertitude totale sur tout ! Voilà qui est dit !!

Commentaires

Dire c'est avant tout écouter les mots de l'autre afin d'en percevoir les nuances afin de s'y adapter. Certaines seront trop proches d'un vécu ou de sentiments intimement ressentis que pour être totalement partagés. Dire à l'Autre: Tu es Aimé sera davantage conscientisé que je t'aime puisqu'il sait, l'autre, ce qu'Aimer contient, selon Lui, tant concrètement que psychiquement.
Alors tant que tu te comprends, c'est que tout n'est pas perdu pour les autres...
Bisous virtuels psychédéliques...

Écrit par : Mireille&Pat. | 11/05/2009

c'est trés vrai! et la vie ne nous accorde pas à tous la même interprétation du langage bien qu'il ait à la base été créé pour çà mais quand on dit, on explique, on a une représentation de notre propre ressenti et on pense l'administrer à l'autre en tant que tel ce qui n'est pas évident: il y a la simple notion d'appréhension du mot, la propre perception, le propre vécu de l'autre qui entrent en jeu. dés lors, comment être sur la même longueur d'onde? nous ne sommes pas tous égaux devant le langage, devant l'expérience et le ressenti. comment communiquer vraiment dans ce cas, transmettre un sentiment qui nous est propre?
c'est d'ailleurs frappant quand 2 personnes ayant partagé la même expérience, ensemble, la racontent. que de nuances, d'oublis de chaque côté, quel essentiel a été tiré de l'un qui n'est même pas efleuré par l'autre...
vaste sujet!
bises mik, belle journée:)!

Écrit par : mimi | 11/05/2009

il y a une différence entre écouter et entendre. cette différence n'est pas toujours bien appliquée par les gens d'où...cette impression régulière de ne pas se faire comprendre.
les gens n'écoutent plus ils sont trop pressés dans leur vie !
bonne soirée mon mikou

Écrit par : josée | 11/05/2009

qui nous a légué le français .. la richesse de notre belle langue, est la cause de bien des malentendus.
Mais elle est aussi, notre meilleur moyen de livrer à d'autres les nuances de nos pensées.
Qu'ils comprennent ce qu'ils veulent, l'essentiel n'est-il pas de pourvoir exprimer et d'utiliser ainsi notre liberté de pensée .. et de penser ..
...
Sans double sens, je te délivre mon amitié.
Bonne soirée

Écrit par : aramis-echotier | 11/05/2009

pour faire simple , tu appliques aux mots la réalité de la mécanique quantique : on peut savoir le lieu ou l'instant , pas les deux simultanément ! (et si j'ai l'esprit confus c'est qu'il est périlleux de se concentrer à la fois sur ton écrit en prètant une oreille attentive au demi finaliste du CMIREB )

Écrit par : joseph | 11/05/2009

Très bel article Mik Les mots ne disent pas toujours ce qu'ils sont..
Je t'embrasse.
Yasmina

Écrit par : Yasmina | 12/05/2009

bonjour Mik j'adore les mots de par leur sonorité du moins certains je pensais à ce que tu écrivais c'est vrai un mot seul n'a pas de sens il n'en prends qu'au travers de phrases et d'un ensemble et de la manière dont la personne la cite,l'intonation, la virulence...
j'écoute plus que je ne parle...
bisous bonne fin d'aprem

Écrit par : nays | 12/05/2009

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